E=mc² ou considérations sur l’inertie…

« La force d’inertie, c’est la puissance du larvaire. »
Amélie Nothomb

A la faveur de ces explications ci-dessus, Etienne Klein nous détaille un aspect de l’inertie qui a aussi ses implications dans le chemin de l’accompagnement : « Plus une particule va aller vite, plus son inertie sera grande, plus il sera difficile de la faire aller plus vite. »

La formule inverse d’E=mc² ouvre en effet une perspective métaphorique intéressante…

Si notre inertie (I) est en effet proportionnelle à notre masse (m) et à l’énergie cinétique déjà acquise (T) selon la relation I=m/c² + T alors plusieurs voies sont désormais possibles dans la remobilisation de notre énergie dans le mouvement :

Céder de la masse à la faveur du mouvement (la voie de l’Air) : m→0 ⇒ I=T
Et si changer était une une opportunité pour céder une part de notre masse et accéder à une plus grande « légèreté de l’être » ?
Plus qu’une invitation au carpe diem hédoniste ou une injonction à vivre dans le moment présent, j’entends surtout ici l’occasion de se réinventer dans le feu de l’action et de se défaire par le mouvement d’une part de ses fixités. Telle cette cliente, «libérée» à la faveur d’une crise professionnelle d’un poste qui lui pesait, qui cultivait l’étrangeté créatrice de se sentir joyeuse et légère alors même que sa situation financière s’était sensiblement précarisée.

Savoir attendre (la voie de la Terre) : T→0 ⇒ I=m/c²
A l’inverse, nous pouvons aussi redonner toute sa masse à la plainte et assumer ainsi notre lourdeur jusqu’à l’immobilisme. Dans son livre Savoir attendre pour que la vie change, François Roustang nous propose une approche paradoxale du changement consistant à cultiver l’arrêt : Suspendre l’action, cesser de réfléchir et laisser toute sa place à ce qui pèse, à la part de souffrance qui fait masse et que nous pouvons accueillir en nous. Une autre manière de «poser ses valises» dans l’écoute, la résonance et le lien qui est un passage obligé de certains accompagnements.
Je me souviens à ce titre de l’invitation qu’une amie m’avait faite dans une période de turbulence professionnelle de me laisser «épuiser ma plainte» sans chercher à rien faire d’autre que d’en prendre la mesure. Cette invitation s’était montrée fertile en me replaçant quelques semaines plus tard sur un chemin d’action plus juste.

Tout baigne ! (la voie de l’Eau) : T≅ ? ⇒ I=m/c²±T
Une autre manière de s’alléger de sa masse, serait de se laisser flotter. C’est un principe connu depuis Archimède : «Tout corps plongé dans un fluide reçoit de la part de celui-ci une poussée verticale, dirigée de bas en haut, égale au poids du volume de fluide déplacé.» En d’autres termes, si je me laisse porter par le courant, je place l’inertie de mon coté. A condition toutefois que la direction me convienne…
L’interdépendance se montre un compagnon fidèle de la complexité et il peut utile de réapprendre à se laisser faire. Le besoin de maîtrise qui tend nombreuses de nos identités professionnelles a sa part d’ombre dans la volonté de contrôle. Nous pouvons y oublier de faire la différence entre ce qui dépend de nous et ce qui dépend des autres. S’en remettre à l’eau(tre) est une manière de ne pas s’alourdir.
Mais elle n’est pas sans risque tant elle nécessite d’avoir cultivé une capacité à «lire» entre les lignes, dans ce qui se joue, se tend, se prépare et se mature dans le champs de la relation. Car s’en remettre au flow/flot peut nous porter autant qu’il peut nous submerger. Comment alors faire la distinction entre «je la joue cool» et «je joue et coule» ?
C’est une question que je rencontre souvent auprès de managers confrontés à des enjeux relationnels de plus en plus complexes : Nécessité de maintenir la performance dans des environnements en mutation permanente et des équipes en souffrance, développements d’organisations matricielles plus liquides mais également moins lisibles…

Ranimer le feu intérieur (la voie du Feu) : c→∞ ⇒ I=T
Il y a aussi la part de la lumière : Savoir éclairer un chemin, c’est aussi une manière de rendre plus familier et par là même d’en faciliter l’accès. Si nous n’éclairons que le chemin parcouru (l’expérience), nous nous privons de l’essentiel : Qu’est-ce qui en nous fait désir, moteur ou aspiration à être ?
Ce qui émerge à la faveur d’un accompagnement s’accueille autant qu’il s’anticipe. Car la conscience que nous portons à ce qui se présente à nous relève aussi d’une orientation délibérée. Elle rend visible ou occulte les signes de ce qui est en mouvement.